Extraits de textes de Rozenn Guilcher

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quelqu’un me tire par les pieds comme quand j’étais enfant.

La Terre s’est arrêtée de tourner.

Elle roule son poing comme un secret.

« Tu me le dis maintenant ? Tu me le dis, ton secret ? ».

Je me cache sous les draps du silence.

La nuit m’attrape comme un papillon.

« Ma maison, elle est où ? ».

Quelque chose chante en haut des arbres.

Est-ce le vent ?

Est-ce le miracle des pierres ?

Un cœur bat dans mon ventre.

Une maison, suspendue aux ailes du silence, chuchote des mots doux.

Des berceuses pour endormir les monstres, des phrases enfermées dans un coffre.

J’ouvre les mains et d’autres mains viennent s’y réchauffer.

Des enfants parlent dans ma tête.

Des bateaux m’attendent.

Le voyage peut commencer.

 

Kévin, Festival Rêves de Cèdres



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je n’ai plus besoin de rien. Tout est là.

Je respire le front des années.

J’attrape les heures par la main.

Et nous courons dans des champs de fleurs, de pleurs, de peurs.

Nous traversons l’instant comme le vent.

Nous y habitons.

Nous sommes posés sur une goutte de pluie, un brin d’herbe, un pollen.

Flottons à la surface de toute chose.

Ici, maintenant, le poids du monde.

Caroline, Festival Rêves de Cèdres

 

Je me laisse glisser dans la rivière.

Je déroule les heures comme des perles.

L’hiver avance sa patte de neige.

Le brouillard des voix anciennes.

Nos armoires sont pleines de robes, de tissus pour se dessiner un grand lit.

Allonger nos doigts sous des bouts de laine.

Une pulpe chaude.

Accueillir les mots qu’on ne prononce pas.

 

Christine, Journée de l'environnement, Le Loubatas, Peyrolles

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La forêt est un voyage.

Je pars avec un oiseau. Il chante pour moi.

Il m’appelle.

Je comprends son langage.

Et puis le vent est un voyage.

Je souris sous un arbre.

Quelqu’un me porte. Quelqu’un me tire par les pieds comme la nuit quand je dors.

Mais ce n’est pas pareil. Ce quelqu’un, il est doux comme un chocolat chaud.

On me berce.

Je suis lourd comme une plume.

Je suis mou comme un chamallow.

Je pèse toutes ces années jusqu’à aujourd’hui.

Je pèse toute mon histoire.

Mes souvenirs sont blancs, mes souvenirs sont noirs.

Je cours pour que les morceaux de nuit ne me rattrapent pas.

Et moi, tu sais, je cours vite ! Très vite !

Alors je vis dans un pays de soleil.

Dans mon pays de soleil, il y a des gens aussi. Il y a moi qui rit. Il y a moi qui mange. Ah, manger, c’est le rêve !

Et je grandis et je respire.

Et je tombe. Et je me relève.

Et je cours et je saute et je ris encore.

Gabriele, 7 ans, forêt de cèdres

Respirer dans un brouillard sans fin.

Traverser des montagnes.

Des oiseaux parlent dans notre tête.

Ils racontent une histoire de petite fille.

Ils me disent que tout va bien.

Que le temps a la lenteur des femmes.

Que la nuit est encore loin.

 

Marie-Claire, Festival Rêves de Cèdres

 

Une main qui vous emmène enfin quelque part.

Le soleil revient entre les branches et des gens marchent sur un chemin.

Je roule des coquillages sous ma langue.

Je leur donne des noms d’il y a longtemps.

Je pose ce qui ne m’appartient pas.

Ce qui vole dans la lumière.

 

Marie-Claire, Journée de l'environnement, Le Loubatas, Peyrolles

 

Je suis grand.

Je porte des choses hautes et longues comme des montagnes, comme des rivières.

Des ponts, aussi.

Je traverse des frontières pour aller de l’autre côté.

Là où l’on parle une langue que je ne connais pas.

Je suis né quelque part entre la mer et la mer.

J’ai la patience des arbres.

Je ne déshabille pas les mots des autres.

Bientôt… je ne sais pas.

J’ai une confiance d’écureuil.

Je tombe parfois dans une nuit qui pèse lourd.

Je sais trouver le jour.

Je sais construire des maisons à l’intérieur.

J’habite sur la ligne d’horizon, celle que tu rencontres quand tu cherches le soleil.

 

Amaury, 13 ans, Festival Rêves de Cèdres

Chaque moment déroule ses rubans de murmures.

Le chahut des lits quand on est enfant.

La lecture en cachette.

Quelqu’un appelle « maman ».

Le vent dépose des baisers bleus.

La joie des matins.

La ribambelle de chats.

Il y a des forêts pleines de voix, des mots chuchotés.

Et moi, je suis dedans.

 

Fabienne, Journée de l'environnement, Le Loubatas, Peyrolles

Ma mémoire est tombée dans mes pieds.

Ma mémoire ? Je ne m’en souviens plus.

Mon dos est lourd ou est-ce mon cœur ?

J’oublie ma vie sous un arbre.

Je dors dans les bras d’un soleil arrêté.

Je ne dors pas : je fais semblant.

Des mains soulèvent le poids des mots qu’on ne dit pas.

Des libellules quittent la maison.

Peuple migrateur avec lequel il faudrait partir.

J’apprivoise un ciel fait de nuages et de vent.

Ombre incertaine qui m’attend ou qui m’a donné rendez-vous hier.

Des racines courent dans mes veines quand je les cherche dans la bouche des autres.

Je n’ai pas perdu mon nom : il patiente quelque part.

 

Grégory, Festival Rêves de Cèdres

Des chats viennent me prendre par la main. Ils rient.

Ils parlent toutes les langues.

Ils sont bleus, verts, rouges. Ils sont grands, petits, minuscules. Ils tremblent dans le vent et parfois ils chantent.

Ils habitent dans les arbres, au fond du ruisseau. Ils habitent sur les feuilles du brouillard.

Dans leurs yeux brillent des chandelles, celles de Noël et du printemps aussi. Dans leurs yeux le feu des saisons et la lune qui passe et voyage.

Les chats me disent « Viens ! Allons au pays sans ailes. Viens ! Cours, vole, saute ! Attrape le temps avec tes doigts ! Viens ! ».

Et le soleil arrive. Un soleil rouge, japonais.

Des signes sur des pierres. L’histoire très ancienne de ceux qui bâtissent des cités. Des escaliers où ont marché des guerriers.

Fleurs fossiles.

Coquillages oubliés sur la vague du temps.

Je rentre dans une montagne de neige.

Je rencontre d’autres petites filles avec des tresses. Des princesses du désert.

Je vois des femmes vêtues de grandes robes. Elles chantent.

Elles me parlent la nuit. Elles me disent des mots très vieux. Et je me souviens que j’ai habité là, autrefois, avant de naître.

J’ai senti les parfums du soupirail. J’ai patienté aux patiences des douves.

Attendre longtemps que revienne celui que j’aime.

Je regarde loin. Ce qui approche m’appartient.

De la colline arrive toute une armée. Ceux qui ont eu faim, ceux qui ont eu froid, ceux qui ont perdu leur cœur.

Je suis celle qui rendra l’amour à ceux qui se sont perdus dans la forêt.

Des chemins, des routes, des frontières. Murailles ? Cités fermées sur elles-mêmes. Bannières qui flottent au vent. Manteau, l’hiver, pour marcher dans la neige.

Mon faucon revient toujours.

Je vais dans des églises. Je prie des dieux qui n’existent pas. Peu importe.

Ma voix porte des cœurs multiples. Des choses qui vont loin.

Et je chante aussi. Je danse, le jour, avec un soleil rouge. Tous les chats dansent aussi avec moi. Ils m’emmènent dans leurs maisons sous les branches. Au fond des lacs où je sais respirer. Au bord des mers douces.

Et je devins un chat. Je dors dehors, je me réveille dehors. Je lape l’eau de pluie dans les flaques. J’écoute le soleil. J’écoute le vent. Je parle aux plantes, aux pierres. Je parle au sable. Je ris.

Je vis dans des pays où tout est nouveau.

Pieds nus sur la terre, je marche. Je rencontre des gens. Je marche.

Je ne parle plus. Je regarde le soleil rouge se coucher. Je dors comme un écureuil. Je fais des rêves de fleurs. Des rêves pleins d’oiseaux. Je ramasse des cailloux et les mets contre mon oreille pour entendre le murmure de la terre. Je fais des rêves câlins. Des rêves pleins de mains et de bras pour bercer mon cœur.

Je fais des rêves.

Klervi, 11 ans, en cabinet à Meyrargues

 

Trouver l’endroit du monde. Là où vit la vie. Là où le rire des enfances s’est caché pour toujours.

Regarder les visages. Tenir dans les yeux des autres.

S’attendre au sommeil de quatre heures.

D’autres arbres prennent racine, d’autres sèves. Et puis des rivières, sœurs rivières, venues avec leurs poissons. Et puis le bruit de l’eau, le bruissement secret. L’haleine des forêts. Ce qui patiente dans l’ombre comme une vie attendue.

Revenir au profond des bois pour boire cette chose bleue ou verte. Revenir à l’origine de toute chose. S’allonger dans ce qui respire, ce qui bat, ce qui chante, enchante.

Se souvenir de soi. Et parler à ce qui nous fait si grand.

Espace précieux parfois incompris, parfois abîmé, parfois absenté.

Ondulation sous la peau.

Et puis un portillon, un verger, quelques fleurs plantées par le vent. Le soleil a tenu sa maison sur cette herbe.

Le museau du temps se promène dans la glycine.

Renard à peine né. Cœur sauvage qui a attendu longtemps.

Qui viendra tenir ma main ?

Une rivière, un mur ou un enfant ?

Rassembler ses doigts comme une offrande.

Faire vivre cette petite musique qui est nous.

C’est tout.

Pays peuplé. Silence d’herbe et de fleurs.

S’arrêter dans l’instant.

Dormir. Regarder. Vivre.

C’est tout.

Delphine, en cabinet à Meyrargues

Encre sur papier, Rozenn Guilcher / photo Georges Flayols

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